P8 — La lunette astronomique

Thème 4 · Ondes et signaux

🎯 Pourquoi ce chapitre ?

En 1609, Galilée pointe une lunette de sa fabrication vers le ciel nocturne et découvre… les cratères de la Lune, les satellites de Jupiter, les phases de Vénus et les anneaux de Saturne. Une simple combinaison de deux lentilles dans un tube suffit pour « rapprocher » optiquement des objets situés à des millions de kilomètres. En 1990, le télescope Hubble applique le même principe (avec des miroirs) depuis l’orbite, et révolutionne l’astronomie.

Ce chapitre te montre comment deux lentilles convergentes, correctement positionnées, peuvent donner une image agrandie d’un objet très lointain. Tu comprendras la notion de système afocal, tu sauras construire un schéma optique rigoureux et calculer le grossissement d’une lunette.

🧭 Ce que tu vas apprendre

  • Distinguer objectif et oculaire d’une lunette
  • Définir un système afocal et comprendre son intérêt
  • Tracer le trajet d’un faisceau de rayons parallèles à travers la lunette
  • Établir et utiliser la formule du grossissement : G = f'_1 / f'_2

1. Constitution d’une lunette astronomique

Une lunette astronomique classique (type Galilée ou Kepler) comporte deux lentilles :

  • L’objectif (L_1) : la grande lentille située du côté de l’objet observé. Son rôle : collecter la lumière qui vient d’un astre et former une image intermédiaire.
  • L’oculaire (L_2) : la petite lentille du côté de l’œil. Son rôle : regarder cette image intermédiaire comme à la loupe.

On modélise chacune d’elles par une lentille mince convergente, et on les aligne sur le même axe optique.

Astuce💡 Analogie — Un relais à deux étages

Imagine un coureur qui n’arrive pas à lire une pancarte très lointaine. Il demande à un ami équipé de jumelles de la regarder : l’ami voit la pancarte petite mais nette (c’est l’objectif qui produit une image intermédiaire). Puis le coureur sort une loupe et l’approche de cette image intermédiaire pour la grossir : c’est l’oculaire. Deux étages, deux rôles.


2. Le système afocal

a. Qu’est-ce qu’un système afocal ?

Un objet très lointain (une étoile, un avion à 10 km, le Soleil) est assimilé à un objet « à l’infini » : ses rayons arrivent parallèles sur l’objectif. C’est la situation idéale en astronomie.

Pour un tel objet : - L’objectif forme son image dans son plan focal image, au point F'_1. - Si on place l’oculaire de telle sorte que son foyer objet F_2 coïncide avec F'_1 de l’objectif, alors cette image intermédiaire se trouve pile dans le plan focal objet de l’oculaire. - Résultat : l’oculaire renvoie à son tour un faisceau parallèle vers l’œil.

Important📐 Définition — Lunette afocale

Une lunette est afocale lorsque le foyer image F'_1 de l’objectif est confondu avec le foyer objet F_2 de l’oculaire : F'_1 = F_2

Dans cette configuration, un faisceau parallèle entrant ressort en un faisceau parallèle — l’œil (qui accommode à l’infini) est reposé.

Avertissement⚠️ Piège — « Afocal » ≠ « sans foyer »

Chaque lentille a toujours son propre foyer ! « Afocal » décrit le système complet : il ne forme pas d’image à distance finie. On dit aussi qu’il « transforme l’infini en infini ».

b. Construction du faisceau

axe optique L1 (objectif) O1 L2 (oculaire) O2 F'1 = F2 B1 θ θ' f'1 f'2

Lunette afocale : un faisceau parallèle incliné de \theta ressort parallèle mais incliné de \theta' > \theta. L’image intermédiaire B_1 se forme au foyer commun F'_1 = F_2.

Méthode de construction (à savoir refaire !) :

  1. On trace les 3 rayons parallèles incidents (inclinés de l’angle \theta par rapport à l’axe).
  2. Le rayon passant par O_1 n’est pas dévié, les autres convergent au point B_1 dans le plan focal image de L_1.
  3. B_1 se trouve pile au foyer objet F_2 de l’oculaire : tous les rayons issus de B_1 ressortent parallèles de L_2, inclinés d’un angle \theta'.

3. Le grossissement

Le grossissement G d’une lunette est le rapport entre l’angle sous lequel on voit l’objet avec la lunette (\theta') et l’angle sous lequel on le voit à l’œil nu (\theta) :

G = \frac{\theta'}{\theta}

Démonstration de la formule G = f'_1 / f'_2

Dans le triangle O_1 F'_1 B_1 rectangle en F'_1 : \tan \theta = \frac{F'_1 B_1}{O_1 F'_1} = \frac{F'_1 B_1}{f'_1}

Dans le triangle O_2 F_2 B_1 rectangle en F_2 : \tan \theta' = \frac{F_2 B_1}{O_2 F_2} = \frac{F'_1 B_1}{f'_2} \quad \text{(puisque } F_2 = F'_1 \text{)}

Les angles \theta et \theta' sont petits (un objet très lointain est vu sous un petit angle). Donc \tan\theta \approx \theta et \tan\theta' \approx \theta'. Il vient :

G = \frac{\theta'}{\theta} = \frac{\tan \theta'}{\tan \theta} = \frac{F'_1 B_1 / f'_2}{F'_1 B_1 / f'_1} = \frac{f'_1}{f'_2}

Important📐 Formule — Grossissement d’une lunette afocale

\boxed{\,G = \frac{f'_1}{f'_2}\,}

  • f'_1 : distance focale image de l’objectif (m)
  • f'_2 : distance focale image de l’oculaire (m)
  • G : sans unité (c’est un rapport d’angles)

Pour grossir (G > 1), il faut f'_1 > f'_2 : un objectif à grande focale et un oculaire à petite focale.

Astuce💡 Moyen mnémotechnique

« Grand objectif, petit oculaire » → f'_1 en haut de la fraction, f'_2 en bas. Plus le rapport est grand, plus la lunette grossit. Les amateurs changent d’oculaire (plusieurs interchangeables) pour changer le grossissement, tout en gardant le même tube/objectif.

Note🧪 Exemple — Une lunette d’amateur

Objectif : f'_1 = 900 mm. Oculaire 20 mm : G_1 = 900/20 = 45. Oculaire 10 mm : G_2 = 90. Oculaire 6 mm : G_3 = 150.

Avec le même tube on passe donc de 45× à 150× en changeant d’oculaire.

Avertissement⚠️ Piège — Grossir ≠ voir plus

Un très fort grossissement ne sert à rien si l’objectif ne collecte pas assez de lumière ou si la diffraction (chapitre P2, \theta = 1{,}22\lambda/D) limite déjà la résolution. Au-delà d’un certain G, on grossit… du flou. C’est pour cela qu’on parle du pouvoir séparateur d’un instrument et que les télescopes pros ont des miroirs géants (8 m, 10 m, bientôt 39 m pour l’ELT).


🗺️ Carte mentale du chapitre

flowchart TD
  A[Lunette astronomique] --> B[Objectif L1<br/>grande focale f'1]
  A --> C[Oculaire L2<br/>petite focale f'2]
  B --> D[Forme l'image<br/>A1·B1 en F'1]
  C --> E[Loupe regardant<br/>A1·B1]

  D --> F[Système afocal<br/>F'1 = F2]
  E --> F
  F --> G[Faisceau parallèle entrant<br/>→ parallèle sortant]
  G --> H[Œil au repos<br/>-accommodation à l'infini-]

  F --> I[Grossissement<br/>G = θ'/θ]
  I --> J[G = f'1/f'2]
  J --> K[G > 1 si f'1 > f'2]

  classDef base fill:#eef2ff,stroke:#6366f1,stroke-width:2px,color:#1e293b;
  classDef lens fill:#fdf2f8,stroke:#ec4899,stroke-width:2px,color:#1e293b;
  classDef result fill:#fff7ed,stroke:#f59e0b,stroke-width:2px,color:#1e293b;

  class A,F,G,H base;
  class B,C,D,E lens;
  class I,J,K result;


📝 À retenir absolument

  1. Une lunette = objectif (côté objet) + oculaire (côté œil), modélisés par deux lentilles minces convergentes.
  2. Afocale : F'_1 \equiv F_2. Un faisceau parallèle entre, un faisceau parallèle sort.
  3. L’image intermédiaire A_1 B_1 se forme au foyer commun F'_1 = F_2.
  4. Grossissement : G = \theta'/\theta = f'_1/f'_2.
  5. Pour grossir, il faut un objectif à longue focale et un oculaire à courte focale.
  6. Le grossissement est limité en pratique par la diffraction (lien avec P2).

🎯 Quiz — Teste-toi !


🔗 Pour aller plus loin

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